Matériel ancien, upgradé : une approche “low-tech” pour des sets responsables
Mes enregistrements ont été réalisés sur des ordinateurs âgés d’environ 15 ans, avec Mixxx. Ce n’est pas un hasard : l’écologie est au cœur de ma démarche artistique. Alors, au lieu de courir après la dernière machine, j’ai choisi de faire durer — et d’optimiser — ce que j’ai déjà.
1) Pourquoi choisir du matériel ancien ?
- Réduire l’empreinte “invisible”, l'énergie grise :
La fabrication d’un ordinateur (extraction des métaux, transport, assemblage) pèse très lourd. Prolonger la durée de vie d’un Mac existant, c’est éviter une part importante de cette empreinte. - Pratiquer le “droit à la réparation” :
Un setup DJ fiable n’est pas forcément neuf : c’est un setup connu, maîtrisé, entretenu. Remplacer un disque par un SSD, augmenter la RAM, nettoyer, refaire une pâte thermique, ce sont des gestes concrets de sobriété. - Gagner en résilience :
Un ordinateur “simple”, stabilisé, peu mis à jour, sans dépendance à des services cloud, peut devenir plus prévisible en live. Et sur scène, la prévisibilité est cruciale.
2) Mac Pro 2010 : la tour comme “instrument” durable
Le Mac Pro 2010 (tour) incarne une logique de modularité : on peut le maintenir, l’améliorer, remplacer des pièces, optimiser le stockage.
Dans une approche responsable, l’upgrade le plus utile, ce n’est pas “la puissance pour la puissance”, mais la fiabilité :
- SSD NVMe pour accélérer chargements et réactivité.
- RAM suffisante pour la stabilité (bibliothèque, analyse, effets, enregistrement).
- Entretien (dépoussiérage, ventilation, câbles) pour réduire chauffe et bruit.
- Organisation des sauvegardes (bibliothèque, playlists, exports) : la vraie durabilité, c’est aussi la durabilité des données.
3) MacBook Pro 2011 + OpenCore Legacy Patcher : prolonger au lieu de jeter
Les vieux Mac Intel sont “abandonnés” par Apple côté compatibilité officielle, alors qu’ils restent capables pour beaucoup d’usages, dont des usages artistiques. OpenCore Legacy Patcher (OCLP) permet d’installer des versions récentes de macOS sur certains Mac Intel non pris en charge officiellement, ce qui prolonge leur durée de vie.
Ce choix a un côté très “permaculture” : on observe, on adapte, on réutilise, on fait avec l’existant.
Quelques points importants (responsables et pragmatiques) :
- Vérifier la compatibilité du modèle :
OCLP ne concerne que des Macs Intel, et la compatibilité dépend des modèles listés par le projet. - Garder la tête froide :
“Installer plus récent” ne crée pas de miracles : certaines fonctions peuvent être limitées selon le matériel, et il faut accepter une part d’expérimentation. - Sécuriser :
Sauvegarde complète avant, prudence sur les mises à jour, et idéalement un plan B (un second disque / une partition / une clé bootable) pour éviter de se retrouver bloqué avant un événement.
4) Une esthétique de la sobriété
Au final, ce choix technique raconte quelque chose : une manière d’être DJ qui ne sépare pas “le son” et “le Monde”. Faire danser, oui — mais en cohérence avec une vision : réparer, prolonger, mutualiser, faire circuler l’énergie (humaine et électrique) plutôt que la gaspiller.
Cette sobriété n’est pas une contrainte : c’est un cadre créatif. Un setup plus simple, plus durable, c’est aussi plus d’espace mental pour l’essentiel : la sélection, le récit, l’écoute, l’intensité.
