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66 - UN POINT DE BASCULE POUR LA CIVILISATION

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Earth Policy Institute
Extrait du Plan B 3.0
Le 12 août 2009

UN POINT DE BASCULE POUR LA CIVILISATION

Lester R. Brown, traduit par Marc Zischka, Frédéric Jouffroy et Pierre-Yves Longaretti

Texte original:
http://www.earthpolicy.org/Books/Seg/PB3ch01_ss5.htm

Il existe des seuils critiques, des points de rupture dans le fonctionnement des systèmes naturels ; ces phénomènes constituent un des sujets d’inquiétude grandissant des dernières années. Par exemple il existe des seuils de population en deçà desquels une espèce menacée ne peut subsister ; l’identification de ces seuils est une préoccupation importante pour les écologues. En particulier, l’effondrement des pêcheries du fait de la surpêche est une des questions principales dont se préoccupent les spécialistes de biologie marine.

Nous savons que certaines civilisations du passé ont été confrontées à des seuils critiques similaires, liés à leur mode d’organisation ; c’est en dépassant ces seuils qu’elles ont fini par être submergées par les problèmes qui les menaçaient. Les Sumériens, par exemple ont fini par être incapables de gérer l’accumulation du sel dans leurs sols que leur système d’irrigation a provoquée. Dans le cas des Mayas, ce sont les effets de la déforestation et de l’érosion des sols en résultant qui ont fini par provoquer l’effondrement de leur civilisation.

L’effondrement des sociétés humaines peut être lié à un ou plusieurs seuils critiques de cette nature, dont l’existence et le niveau ne sont pas toujours faciles à anticiper. D’une manière générale, les pays développés sont en mesure de traiter plus efficacement les nouvelles menaces que les pays en voie de développement. Les gouvernements des pays industrialisés ont par exemple été capables de maintenir les taux d’infection de la population adulte par le VIH aux alentours de 1% ; de nombreux de pays du Tiers Monde n’y sont pas parvenus et doivent aujourd’hui faire face à des taux d’infection beaucoup plus élevés. C’est particulièrement manifeste dans certains pays d’Afrique Australe où 20 pour cent ou plus des adultes sont porteurs de la maladie.

Le problème de la croissance démographique présente des caractéristiques similaires. Alors que presque tous les pays industrialisés à l’exception des Etats-Unis ont stabilisé leur population, une croissance démographique rapide s’observe dans presque tous les pays d’Afrique, au Moyen-Orient et dans le sous-continent indien. Une très grande partie des 80 millions de personnes qui s’ajoutent chaque année à la population mondiale naît dans des pays où l’environnement est déjà dégradé sous la pression d’une population excessive ; ces pays sont donc les moins capables de subvenir aux besoins de leurs habitants — une situation qui augmente d’autant le risque de défaillance des Etats concernés.

Certaines tendances semblent même de nature à excéder les capacités de gestion des pays les plus avancés. Une baisse des nappes phréatiques a été observée dans différents pays. Il aurait semblé logique que les gouvernements concernés promeuvent une gestion plus efficace des ressources en eau ainsi qu’une politique de stabilisation démographique pour stopper cette baisse des nappes phréatiques. Dans les faits, aucun de ces pays (qu’ils soient industrialisés ou en développement) n’a pris les mesures nécessaires. Le Yémen et le Pakistan sont deux exemples d’états défaillants marqués par la surexploitation de leurs ressources en eau et par l’insécurité latente que cette pénurie provoque.

Bien que la nécessité de réduire les émissions de carbone soit devenue une évidence depuis un certain temps, aucun pays n’a réussi à ramener à zéro son bilan d’émission. Jusqu’à présent, un tel changement s’est avéré politiquement inacceptable, même pour les sociétés disposant de la plus grande avance technologique. Est-il possible que l’augmentation du dioxyde de carbone atmosphérique se révèle être aussi ingérable pour notre société du début du 21ème siècle que l’a été la salinisation des sols pour les Sumériens, 4000 ans avant notre ère ?

Le déclin inéluctable de la production de pétrole constitue une autre source majeure d’instabilité politique. Bien que la production mondiale de pétrole ait largement dépassé le rythme des nouvelles découvertes depuis plus de 20 ans, seules la Suède et l’Islande ont mis sur pied en pratique quelque chose qui ressemble vaguement à un plan pour faire réellement face à une réduction des approvisionnements de pétrole.

Cet inventaire des problèmes non résolus n’est pas exhaustif, mais donne une idée de leur accumulation, à mesure que de nouveaux enjeux se font jour et que nous échouons à faire face aux précédents. Evaluer les effets des tensions montantes sur le système global est un défi en soi. Ces tensions sont peut-être les plus perceptibles en terme de sécurité alimentaire : le point faible de nombreuses sociétés du passé qui se sont effondrées.

Les agriculteurs du monde doivent faire face à plusieurs tendances convergentes qui compliquent leur capacité à répondre à la croissance de la demande alimentaire. Les plus importantes sont la baisse des nappes phréatiques, l’affectation des terres à des usages non agricoles, et la fréquence d’événements climatiques de plus en plus extrêmes, tels que canicules néfastes aux récoltes, sécheresses et inondations. Les tensions générées par l’empilement de ces problèmes commencent à provoquer l’effondrement des états les plus fragiles.

Les Etats-Unis (le grenier à blé du monde), ont contribué à l’aggravation la situation en augmentant significativement la quantité de céréales transformées en éthanol, passant de 15 pour cent en 2005 à 25 pour cent en 2008. Cet effort mal orienté des Etats-Unis pour réduire leur insécurité pétrolière a contribué à propulser les prix mondiaux des céréales à des maxima historiques à la mi-2008, provoquant une insécurité alimentaire mondiale sans précédent.

L’accumulation de ces problèmes et de leurs conséquences peut finir par submerger un nombre de plus en plus grand de gouvernements, conduire à la défaillance généralisée d’Etats, et finalement à l’effondrement de la civilisation elle-même. C’est là le risque principal. La liste des principaux états défaillants n’est pas particulièrement surprenante. On y trouve par exemple l’Irak, le Soudan, la Somalie, le Tchad, l’Afghanistan, la République Démocratique du Congo et Haïti. Cette liste s’allonge chaque année, soulevant une question inquiétante : combien faudra-t-il d’États défaillants avant que la civilisation elle-même ne s’écroule ? Personne n’en connaît la réponse, mais c’est une question qui doit être posée.

Nous sommes engagés dans une course entre le franchissement des seuils critiques environnementaux et la réforme de nos systèmes politiques. Pouvons-nous fermer les centrales à charbon assez vite avant que la fonte de la calotte glaciaire du Groenland ne devienne irréversible ? Avons-nous la volonté politique d’arrêter la déforestation de l’Amazonie avant que sa vulnérabilité au feu ne l’amène au point de non-retour ? Pouvons-nous aider les Etats à stabiliser leur population avant qu’ils ne deviennent des Etats défaillants ?

Nous avons les technologies pour remettre en état les écosystèmes de la planète, éradiquer la pauvreté, stabiliser la population, restructurer le modèle énergétique du monde et stabiliser le climat. Le défi est maintenant de construire la volonté politique pour le faire. Sauver la civilisation n’est pas un sport de spectateur. Chacun de nous a un rôle majeur à y jouer.

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Adapté du Chapitre 1, “Entrer dans un nouveau monde,” du livre de Lester R. Brown, Plan B 3.0: Mobilizing to Save Civilization (Mobiliser pour sauver la civilisation, ndlt) (New York: W.W. Norton & Company, 2008), disponible en téléchargement gratuit et à l'achat sur http://www.earthpolicy.org/index.php?/books/pb3.

Une présentation résumée du plan B sous forme de diaporama est disponible sur:
http://www.earthpolicy.org/Books/PB3/presentation.htm.(en anglais), et:
http://www.alternativeplanetaire.com/sites/alternativeplanetaire.com/files/docs/resume-PB3.pdf (en français)

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